{"id":276,"date":"2020-08-05T07:00:00","date_gmt":"2020-08-05T05:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/cjbertrand.fr\/?p=276"},"modified":"2020-08-05T22:44:44","modified_gmt":"2020-08-05T20:44:44","slug":"souviens-toi-des-monstres-et-ces-lectures-qui-ouvrent-des-portes-litteraires-dans-nos-esprits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/2020\/08\/05\/souviens-toi-des-monstres-et-ces-lectures-qui-ouvrent-des-portes-litteraires-dans-nos-esprits\/","title":{"rendered":"Souviens-toi des monstres, et ces lectures qui ouvrent des portes litt\u00e9raires dans nos esprits"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a des livres que j&rsquo;adore car ils m&#8217;emm\u00e8nent randonner dans des coins de litt\u00e9rature qui m&rsquo;exaltent, me font rire, geindre, ou juste me mettent \u00e0 l&rsquo;aise car je les connais bien. Il y a de bons vieux classiques qui reprennent avec brio des tropes et des twists d\u00e9j\u00e0 bien connus, des courses poursuite dans l&rsquo;espace, des qu\u00eates \u00e9piques, des voyages dans le temps, des conversations du tac au tac et des envol\u00e9es lyriques de m\u00e9nestrels frustr\u00e9s. R\u00e9dig\u00e9s avec la beaut\u00e9 d&rsquo;une plume bien aiguis\u00e9e, ou bien avec l&rsquo;audace d&rsquo;un langage volontairement outrancier, plaqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage sur la page.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous me mettent en joie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a des textes qui me donnent l&rsquo;impression d&rsquo;avoir d\u00e9couvert tout un coin de litt\u00e9rature dont jusqu&rsquo;ici j&rsquo;ignorais l&rsquo;existence. Des lectures qui \u00e9largissent ma conception de l&rsquo;art de l&rsquo;\u00e9crit. C&rsquo;est l&rsquo;effet que m&rsquo;ont fait Un \u00e9clat de givre, d&rsquo;Estelle Faye, et Point du Jour, de L\u00e9o Henry, par exemple. Deux r\u00e9cits qui sortent de l&rsquo;ordinaire et proposent, par leur contenu ou par leur forme, des mani\u00e8res de raconter une histoire que jusqu&rsquo;ici je n&rsquo;avais pas envisag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent voil\u00e0 que j&rsquo;ai la t\u00eate dans Souviens-toi des monstres, de Jean-Luc A. D&rsquo;Asciano (\u00e9ditions Aux Forges de Vulcain). Dans un premier temps il me semble que j&rsquo;arpente un sentier vaguement familier, celui des histoires qui commencent in media res, sans jamais vraiment s&rsquo;encombrer de pr\u00e9senter qui que ce soit ni d&rsquo;introduire l&rsquo;univers un tant soit peu. Je d\u00e9couvre au fil de ma lecture, aux pr\u00e9noms des personnages et en faisant des d\u00e9ductions par rapport \u00e0 leurs modes de vie et technologies, dans quel pays et \u00e0 quelle \u00e9poque se d\u00e9roule l&rsquo;action. J&rsquo;avance, et je m&rsquo;aper\u00e7ois que ce n&rsquo;est pas exactement notre monde, mais une autre version de lui, un poil plus sombre et plus encombr\u00e9 de toutes sortes de monstres, litt\u00e9rales et m\u00e9taphoriques. Bref, j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 vu \u00e7a ailleurs mais pas souvent, et c&rsquo;est quelque chose qui me pla\u00eet alors je suis ravi de cette occasion de reprendre un chemin jusque l\u00e0 peu arpent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques chapitres plus tard, je poursuis ma lecture avec un crayon dans la bouche, que j&rsquo;ai sorti pour souligner une phrase. J&rsquo;en trouve deux autres que je veux pouvoir retrouver facilement pour les lires, les \u00e9tudier, les savourer, essayer de comprendre ce qu&rsquo;elles ont de particulier. Il y a quelque chose dans la forme que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 d\u00e9finir, et qui m&rsquo;est \u00e9tranger. Ma curiosit\u00e9 et ma soif de renouvellement dans les structures et les formes narratives sont piqu\u00e9s. Souviens toi des monstres est d&rsquo;une contr\u00e9e inexplor\u00e9e, le sentier sous mes pas a perdu sa familiarit\u00e9, je suis en territoire inconnu et moi, le voyageur, c&rsquo;est exactement ce que je recherche et que j&rsquo;aime. Voil\u00e0 un texte dont la forme s&rsquo;av\u00e9rait de prime abord classique, au rythme et au style confortables et agr\u00e9ables, mais ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une illusion pour m&rsquo;entra\u00eener plus loin dans ma lecture en me laissant porter par ce que je prenais pour un courant familier. C&rsquo;est comme marcher dans une for\u00eat o\u00f9 je crois \u00eatre d\u00e9j\u00e0 venu, et y trouver des esp\u00e8ces d&rsquo;arbres et de plantes que je n&rsquo;avais jamais vu avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce genre de chose en effraient certains. Et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il y a une part d&rsquo;anxiog\u00e8ne dans cette id\u00e9e de lire \u00e0 l&rsquo;aveuglette, de d\u00e9couvrir mes propres \u00e9motions et ressentis au moment o\u00f9 ils se produisent en s&rsquo;associant pour la premi\u00e8re fois \u00e0 une \u00e9criture particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;atmosph\u00e8re m\u00eame du r\u00e9cit rel\u00e8ve \u00e9galement de l&rsquo;\u00e9tranger pour moi. Il r\u00e8gne dans le monde des fr\u00e8res siamois un air d&rsquo;horreur un peu baroque, \u00e0 la Snowpiercer (le film) ou \u00e0 la Willy Wonka&#8230; Mais avec plus de subtilit\u00e9. L&rsquo;univers semble en \u00e9quilibre pr\u00e9caire entre un r\u00e9cit classique d&rsquo;horreur \u00e0 la fois sociale et surnaturelle, et un r\u00e9cit plus hybride, plus myst\u00e9rieux dans son identit\u00e9. Le Troisi\u00e8me fr\u00e8re et Mosca se contentent-ils vraiment de faire les poches des bourgeois ? Quelle place occupe r\u00e9ellement Domenico dans le destin des jumeaux ? Est-ce un d\u00e9mon qui a \u00e9crit le livre de Giovanito ? Qui habite la forteresse et dirige ses militaires ? Rien n&rsquo;est jamais \u00e9nonc\u00e9 clairement, seulement sugg\u00e9r\u00e9 au d\u00e9tour d&rsquo;une phrase ou dans un bout de dialogue -lesquels contiennent toujours trop ou trop peu d&rsquo;incises, c&rsquo;est distrayant, et sans doute est-ce l&rsquo;objectif. Certains personnages n&rsquo;ont pas de noms, on les d\u00e9couvre plus tard ou bien jamais. Le r\u00e9cit nous est racont\u00e9 par l&rsquo;un de ses protagonistes, ce qui, bien entendu, rend le narrateur indigne de confiance, mais le rend \u00e9galement vuln\u00e9rable \u00e0 chaque \u00e9v\u00e8nement -dont on sait qu&rsquo;il ressortira vivant puisqu&rsquo;il raconte l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme chaque r\u00e9cit, Souviens toi des monstres est un march\u00e9 pass\u00e9 entre l&rsquo;auteur et le lecteur. D&rsquo;Asciano nous promet quelque chose en \u00e9change de notre attention. Mais le r\u00e9cit est construit de telle mani\u00e8re qu&rsquo;il est impossible de savoir ce qu&rsquo;on a marchand\u00e9 avant d&rsquo;avoir consomm\u00e9 le texte dans son int\u00e9gralit\u00e9. Peut-\u00eatre m\u00eame me faudra-t-il le relire !<\/p>\n\n\n\n<p>Et je m&rsquo;en trouve combl\u00e9 !<\/p>\n\n\n<div class=\"ko-fi-button\" data-text=\"Buy me a coffee!\" data-color=\"#FF5F5F\" data-code=\"jolancbertrand\" id=\"kofiShortcode180Html\" style=\"width: 100%; text-align: center;\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a des livres que j&rsquo;adore car ils m&#8217;emm\u00e8nent randonner dans des coins de litt\u00e9rature qui m&rsquo;exaltent, me font rire, geindre, ou juste me &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":279,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_eb_attr":"","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[11],"class_list":["post-276","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-atelier","tag-lecture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/276"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=276"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/276\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":283,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/276\/revisions\/283"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}