{"id":789,"date":"2023-09-01T19:42:04","date_gmt":"2023-09-01T17:42:04","guid":{"rendered":"https:\/\/cjbertrand.fr\/?p=789"},"modified":"2024-08-16T19:15:05","modified_gmt":"2024-08-16T17:15:05","slug":"les-suggestions-de-lecture-de-tonton-jolan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/2023\/09\/01\/les-suggestions-de-lecture-de-tonton-jolan\/","title":{"rendered":"Les suggestions de lecture de Tonton Jolan"},"content":{"rendered":"\n<p>On arrive sur Septembre (2023, ajoutai-je int\u00e9rieurement en \u00e9vitant de regarder la date de ma derni\u00e8re publication sur ce site) et \u00e7a me d\u00e9mange de conseiller des livres \u00e0 quelqu&rsquo;un, du coup en cette veille de rentr\u00e9e, c&rsquo;est sur toi, passant.e, que \u00e7a tombe. Je vais \u00eatre gentil et m&rsquo;en tenir \u00e0 dix bouquins, sans th\u00e9matique particuli\u00e8re, sans ordre ni contrainte. C&rsquo;est juste que j&rsquo;ai beaucoup tourn\u00e9 dans les classes et les m\u00e9diath\u00e8ques derni\u00e8rement et qu&rsquo;on m&rsquo;a beaucoup pos\u00e9 cette question. (Et aussi j&rsquo;ai jamais autant aim\u00e9 les livres. IL Y EN A TROP JE NE PEUX PAS TOUS LES LIRE AU SECOURS !!!)<\/p>\n\n\n\n<p>Bref.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Morwenna, de Jo Walton<\/h2>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le premier qui me vienne \u00e0 l&rsquo;esprit parce que j&rsquo;ai un article dessus dans mes brouillons et je l&rsquo;ai vu en passant. Du coup vous aurez pas d&rsquo;article mais voici un paragraphe I guess. Morwenna, du coup, c&rsquo;est le journal intime d&rsquo;une jeune fille de 16 ans qui vit au Pays de Galles dans les ann\u00e9es 90 (\u00e0 une ou deux d\u00e9cennies pr\u00e8s, je l&rsquo;ai pas sous le coude pour v\u00e9rifier, je l&rsquo;ai pr\u00eat\u00e9 \u00e0 ma ni\u00e8ce, don&rsquo;t at me). Elle a un peu une vie toute pourrie : sa m\u00e8re est une sorci\u00e8re mal\u00e9fique hyper toxique, et Morwenna a perdu l&rsquo;usage d&rsquo;une de ses jambes dans un grave accident qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 sa s\u0153ur jumelle. C&rsquo;est une ado tr\u00e8s solitaire qui fait de la magie tout en s&rsquo;en m\u00e9fiant (rapport \u00e0 sa daronne) et qui adore lire de la SF. Elle se retrouve dans un pensionnat pour jeunes filles o\u00f9 tout le monde est un peu <em>basic<\/em>, et la majorit\u00e9 des th\u00e9matiques du r\u00e9cit tournent autour de son isolation, ses difficult\u00e9s d&rsquo;adaptation sociale etc. J&rsquo;aime profond\u00e9ment la litt\u00e9rature de Jo Walton, parce qu&rsquo;elle parle quasiment toujours de communaut\u00e9, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de communaut\u00e9 du point de vue de gens pour qui c&rsquo;est pas un truc acquis. Genre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de Morwenna j&rsquo;avais aussi vachement de mal \u00e0 me faire des potes, je me sentais seul et je m&rsquo;imaginais que je pouvais faire de la magie pour rendre le monde moins chiant. Ce qui est dr\u00f4le c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, je me reconnais aussi dans ce personnage, juste, peut-\u00eatre plus en profondeur ?<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, pour r\u00e9sumer c&rsquo;est un roman pluvieux (litt\u00e9ralement) plein de livres, de magie et d&rsquo;inadaptation sociale. Si avec \u00e7a je vous l&rsquo;ai pas vendu, vous \u00eates probablement ici par accident.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Terra Ignota, d&rsquo;Ada Palmer<\/h2>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est incroyablement facile de passer de Walton \u00e0 Palmer vu qu&rsquo;on les trouve souvent ensemble, ces deux-l\u00e0 (moi, flexing que je les ai d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9es deux fois ? CALOMNIES !) (c&rsquo;est surtout que j&rsquo;\u00e9coute leur podcast religieusement, \u00e7a s&rsquo;appelle Ex Urbe Ad Astra, et si vous comprenez l&rsquo;anglais, je ne peux que vous le recommander). En l&rsquo;occurrence, Terra Ignota c&rsquo;est mon obsession depuis trois ou quatre ans, le dernier tome (5 en fran\u00e7ais, 4 en anglais) est sorti l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, et apr\u00e8s l&rsquo;avoir lu j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9&#8230; de tout relire ! Donc l\u00e0 je suis dans le tome 1 pour la 4e fois (mais je vais tr\u00e8s bien ne vous inqui\u00e9tez pas), et c&rsquo;est incroyable comme ce livre yields des nouveaux trucs \u00e0 chaque lecture (et pas uniquement parce que je le comprends un peu mieux \u00e0 chaque fois). C&rsquo;est un r\u00e9cit tr\u00e8s difficile \u00e0 r\u00e9sumer, surtout en si peu d&rsquo;espace, mais pour vous donner une amorce : en 2454, Mycroft Canner, un for\u00e7at purgeant une peine de travaux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 vie pour d&rsquo;horribles crimes, se voit confier la mission de chroniquer des \u00e9v\u00e8nements ayant fait basculer le monde dans lequel il vit. G\u00e9nie des langues, des maths et de la politique, Mycroft passe sa vie dans les bureaux des personnes les plus influentes de la Terre -ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de nettoyer les \u00e9gouts avec ses potes for\u00e7ats quand les Grands de ce monde n&rsquo;ont pas l&rsquo;usage de sa personne. Il fait des tangentes toutes les cinq minutes, soit pour avoir des dialogues socratiques imaginaires avec le lecteur\/les grands philosophes des Lumi\u00e8res, soit pour assigner des genres aux personnes qu&rsquo;il rencontre (et les sexualiser \u00e0 mort pendant qu&rsquo;il y est). Ah, et il a trouv\u00e9 un enfant avec des pouvoirs magiques qu&rsquo;il planque avec l&rsquo;aide d&rsquo;une sorci\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous l&rsquo;ai vendu ? D\u00eetes-moi que je vous l&rsquo;ai vendu !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, d&rsquo;Ursula LeGuin<\/h2>\n\n\n\n<p>On continue avec un nom facile \u00e0 sortir en SF, mais perso je l&rsquo;ai d\u00e9couverte sur le tard -je veux dire, je savais qui elle \u00e9tait et j&rsquo;avais entendu parler de La Main gauche de la nuit, mais je l&rsquo;avais jamais lue et je ne m&rsquo;y suis coll\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 force de voir son nom popper dans la bouche (et les \u00e9crits) de Neil Gaiman. Et bah je me suis fait radicaliser en deux-deux. Les D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, c&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un tr\u00e8s grand physicien qui vit dans une commune anarchiste. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que quasiment personne, dans la commune, ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 son travail (ni n&rsquo;a les capacit\u00e9s pour s&rsquo;y int\u00e9resser \u00e0 la base, c&rsquo;est vraiment pointu comme truc, Shevek essaie de r\u00e9soudre une th\u00e9orie concernant l&rsquo;\u00e9coulement du temps, et j&rsquo;avoue que les passages o\u00f9 ces th\u00e9ories sont d\u00e9velopp\u00e9es n\u00e9cessitent beaucoup de concentration, pour moi en tous cas). En revanche, sur la plan\u00e8te tr\u00e8s capitaliste d&rsquo;o\u00f9 sont venus ses anc\u00eatres, les travaux de Shevek sont port\u00e9s aux nus, \u00e0 tel point qu&rsquo;il finit par \u00eatre invit\u00e9 en r\u00e9sidence dans une universit\u00e9 de l\u00e0-bas. Shevek se retrouve donc le tout premier membre de sa commune depuis sa fondation \u00e0 retourner sur la plan\u00e8te que leur mouvement a choisi de quitter plusieurs d\u00e9cennies plus t\u00f4t. C&rsquo;est bien entendu un \u00e9norme choc des cultures, mais aussi un cheminement moral et personnel, des r\u00e9flexions \u00e0 te retourner le cerveau sur notre rapport \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 la loi, au gouvernement, \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 la notion de propri\u00e9t\u00e9, bref.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une dinguerie qu&rsquo;il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La Maison dans laquelle, de Mariam Petrosyan<\/h2>\n\n\n\n<p>Celui-l\u00e0 c&rsquo;est une lecture r\u00e9cente qu&rsquo;il va falloir que je relise (j&rsquo;aurais recommenc\u00e9 direct au d\u00e9but si j&rsquo;avais pas d\u00e9j\u00e0 eu Terra Ignota, l&rsquo;\u00e9ni\u00e8me relecture, qui m&rsquo;attendait de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9), un gros pav\u00e9 qui nous vient d&rsquo;Arm\u00e9nie, en France c&rsquo;est chez Toussaint Louverture (\u00e7a me fume \u00e0 chaque fois que je vois passer un de leurs bouquins qu&rsquo;il y ait \u00e9crit dessus \u00ab\u00a0une fascinante publication de Monsieur Toussaint Louverture\u00a0\u00bb genre something something les bouquins fascinants n&rsquo;ont pas besoin de s&rsquo;annoncer comme tel ?). Non, en vrai ne tenez pas compte de cette parenth\u00e8se sarcastique : c&rsquo;est bel et bien une lecture fascinante. Ne serait-ce que parce que, personnellement, je l&rsquo;ai pass\u00e9e \u00e0 me demander ce que j&rsquo;\u00e9tais en train de lire ou bien \u00e0 croire que je savais ce que j&rsquo;\u00e9tais en train de lire et \u00e0 me tromper. C&rsquo;est encore un bouquin un peu hard core \u00e0 r\u00e9sumer en deux phrases, \u00e7a parle d&rsquo;enfants handicap\u00e9s qui vivent dans un internat au fin fond de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est post-chute du rideau de fer, isol\u00e9s et repli\u00e9s sur eux-m\u00eames dans une soci\u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement ferm\u00e9e (enfin pas compl\u00e8tement, mais faut le lire pour comprendre). La Maison (ainsi qu&rsquo;ils nomment leur internat) est une entit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re (dont je viens de r\u00e9aliser en \u00e9crivant ces mots que j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 \u00e0 moment donn\u00e9, wow!) dont les enfants, enfin, certains enfants sont une sorte d&rsquo;extension ? Mais bref, y a beaucoup de flash back mais la majorit\u00e9 de l&rsquo;intrigue se d\u00e9roule pendant la derni\u00e8re ann\u00e9e des protagonistes. Il y a une atmosph\u00e8re vraiment \u00e9trange dans ce bouquin, les diff\u00e9rents narrateurs\/points de vue sont compl\u00e8tement unreliables donc c&rsquo;est pas vraiment une lecture passive, tu dois activement participer \u00e0 l&rsquo;histoire, tirer tes conclusions, faire tes th\u00e9ories, tes interpr\u00e9tations (et te prendre une \u00e9norme mandale quand une info concr\u00e8te tombe au d\u00e9tour d&rsquo;une page et d\u00e9moli toute la th\u00e9orie sur laquelle tu basais jusqu&rsquo;ici ta compr\u00e9hension de l&rsquo;histoire).<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin voil\u00e0, c&rsquo;est un livre vivant qui te force \u00e0 interagir avec lui, que tu le veuilles ou non. Je serais pas \u00e9tonn\u00e9 de trouver l&rsquo;histoire compl\u00e8tement diff\u00e9rente en seconde lecture.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Journal d&rsquo;un Assasynth, de Martha Wells<\/h2>\n\n\n\n<p>On sort de mes lecture \u00ab\u00a0s\u00e9rieuses\u00a0\u00bb pour aller vers du divertissement pur et dur mais je vous rassure : on reste sur des trucs de ouf. Journal d&rsquo;un Assasynth, vous en avez peut-\u00eatre entendu parler, \u00e7a a eu beaucoup de succ\u00e8s, perso je l&rsquo;ai crois\u00e9 huit milliards de fois en librairie, \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que et\/ou sur les blogs, les comptes youtube et insta des potes et je vais pas vous mentir, je suis pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 par pur snobisme. Le titre faisait tr\u00e8s com\u00e9die YA et je me croyais au dessus de \u00e7a avec mon anarchisme et mes pav\u00e9s de SF que je persiste \u00e0 lire m\u00eame quand j&rsquo;ai pas les r\u00e9f\u00e9rences philosophiques et que je comprends pas la moiti\u00e9. Et bah j&rsquo;ai eu tort sur toute la ligne, et je me suis rattrap\u00e9 en bouffant les six premiers tomes sur deux jours. (Pour ma d\u00e9fense, cinq sur six sont des novellas. Mais quand m\u00eame !) Journal d&rsquo;un Assassynth c&rsquo;est, comme son nom l&rsquo;indique, le journal d&rsquo;un andro\u00efde de s\u00e9curit\u00e9 qui s&rsquo;est auto-pirat\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 le compagnie d&rsquo;assurance qui le loue \u00e0 des exp\u00e9ditions scientifiques. S&rsquo;\u00e9tant donn\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame le nom d&rsquo;Assassynth, notre protagoniste prend deux secondes pour h\u00e9siter entre la tuerie de masse et le binging de s\u00e9ries, et opte pour la deuxi\u00e8me option. Son principal probl\u00e8me, dans la vie, c&rsquo;est qu&rsquo;en d\u00e9pit de ses meilleurs efforts pour ne pas ressentir d&rsquo;\u00e9motions autres que fictives, Assassynth s&rsquo;attache \u00e0 tout ce qui fait preuve du minimum syndical de respect envers sa personne -et passe donc sa toute nouvelle libert\u00e9 \u00e0 courir fr\u00e9n\u00e9tiquement au secours d&rsquo;humain.es pas tr\u00e8s dou\u00e9s pour rester en vie et en un seul morceau. (Et \u00e0 ne surtout pas devenir ami avec d&rsquo;autres personnes non humaines.) (Spoiler alert : \u00e7a devient ami avec d&rsquo;autres personnes non humaines.)<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, \u00e7a parle de personhood et d&rsquo;identit\u00e9 et d&rsquo;appartenance, de famille trouv\u00e9e, et de p\u00e9ter la gueule au capitalisme. Je ne vous demande pas si je vous l&rsquo;ai vendu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La s\u00e9quence Aardtman, de Saul Pandelakis<\/h2>\n\n\n\n<p>On reste sur la th\u00e9matique de la \u00ab\u00a0personhood\u00a0\u00bb (mot anglais permettant de nommer le concept d&rsquo;\u00eatre une personne -\u00e0 ne pas confondre avec \u00eatre un.e humain.e) avec ce pav\u00e9 paru chez le Goater, une petite maison dont je surkiffe la ligne \u00e9ditoriale hyper pr\u00e9cise. Je vais pas vous mentir, je n&rsquo;ai pas ador\u00e9 cette lecture, subjectivement je pense qu&rsquo;on est un peu sortis de, genre, \u00ab\u00a0mon truc\u00a0\u00bb. Mais objectivement ce titre met sur la table des trucs que j&rsquo;ai pas ou peu vu ailleurs, surtout en francophonie, et j&rsquo;en entends pas assez parler, donc nous y voil\u00e0. Avec ce r\u00e9cit, on suit deux personnages qui ne se rencontrent jamais : Roz, un membre de l&rsquo;\u00e9quipage d&rsquo;un vaisseau spatial, l&rsquo;ari-me, qui fait route \u00e0 travers les \u00e9toiles pour un voyage d&rsquo;exploration sans retour, et Asha, une bot transgenre (les bots sont des IA s&rsquo;\u00e9tant fait fabriquer un corps afin de pouvoir s&rsquo;incarner) militant sur Terre pour la reconnaissance des identit\u00e9s autre qu&rsquo;humaines. On est sur un r\u00e9cit fleuve au courant tr\u00e8s lent -y a pas \u00e9norm\u00e9ment d&rsquo;action, mais du coup, par contraste, quand y en a, tu sursautes bien fort. Le reste, c&rsquo;est principalement du dialogue entre plusieurs types de personhood, mais aussi entre diff\u00e9rentes visions du monde, de l&rsquo;avenir, diff\u00e9rents rapports aux corps, \u00e0 la vie, \u00e0 la mort, aux privil\u00e8ges et au bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un roman \u00e0 lire, mais surtout un roman \u00e0 discuter -en tous cas pour moi, c&rsquo;est dans le dialogue que je l&rsquo;appr\u00e9cie le plus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 la pointe de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, d&rsquo;Ellen Kushner<\/h2>\n\n\n\n<p>On quitte le domaine de la SF et du fantastique pour partir sur une sorte d&rsquo;ovni dans les litt\u00e9ratures de genre : Swordspoint, un roman de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e qui suit les aventures du bretteur \u00e0 gage Richard Saint-Vi\u00e8re, rapi\u00e9riste taciturne et talentueux qui loue ses services aux nobles de sa cit\u00e9 (dont le nom m&rsquo;\u00e9chappe et j&rsquo;ai la flemme d&rsquo;aller sortir le bouquin de la biblioth\u00e8que ou de faire une recherche google pour vos beaux yeux). C&rsquo;est queer, c&rsquo;est sarcastique, c&rsquo;est \u00e9pique, y a un pr\u00e9quel et plusieurs suites, on s&rsquo;\u00e9clate \u00e0 la lecture, je sais pas quoi vous dire de plus \u00e0 part que je l&rsquo;ai fait lire \u00e0 mon instructeur de rapi\u00e8re m\u00e9di\u00e9vale en serrant les dents parce que c&rsquo;est toujours un pari de faire lire un bouquin queer \u00e0 un mec cis-het et qu&rsquo;il l&rsquo;a beaucoup aim\u00e9 (il loue tout particuli\u00e8rement le duel entre Richard et un ma\u00eetre d&rsquo;arme manchot, et le fait que Richard soit constamment en train de s&rsquo;entra\u00eener contrairement \u00e0 beaucoup de h\u00e9ros de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e qui sont souvent d\u00e9crits comme hyper bons mais qu&rsquo;on ne voit jamais pratiquer leur art). Big up \u00e0 Alec, mon personnage pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 -le mec de Richard qui, quand il s&rsquo;ennuie, provoque des gens dans la rue pour qu&rsquo;ils fassent mine de l&rsquo;attaquer et que Richard les tue.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui ces gens sont tr\u00e8s toxiques mais vous lisez un article \u00e9crit par un fan de la s\u00e9rie Hannibal, je ne sais pas \u00e0 quoi d&rsquo;autre vous vous attendiez.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">American Gods, de Neil Gaiman<\/h2>\n\n\n\n<p>Je voulais vous parler de Good Omens parce que je viens de revoir la saison 2 mais j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que la majorit\u00e9 de ce que j&rsquo;ai \u00e0 en dire tourne autour de la s\u00e9rie plut\u00f4t que du bouquin, que je n&rsquo;ai pas relu depuis un bail. J&rsquo;ai lu American Gods deux fois, la deuxi\u00e8me en couvrant mon exemplaire de poche de notes dans les marges -pour faire genre je suis intelligent alors que principalement je flexais (aupr\u00e8s de moi-m\u00eame et des potentiels potes qui seraient amen\u00e9s \u00e0 me l&#8217;emprunter un jour) sur ma capacit\u00e9 \u00e0 identifier les mythologies obscures auxquelles Gaiman fait r\u00e9f\u00e9rence. J&rsquo;ajoute que si je surkiffe la quasi int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre audiovisuelle de l&rsquo;auteur, l&rsquo;adaptation d&rsquo;AG est \u00e0 mon sens un \u00e9chec : tout ce que j&rsquo;aimais dans les personnages de Shadow et de Laura (ainsi que leur relation) en ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9s. J&rsquo;appr\u00e9ciais particuli\u00e8rement le fait que Shadow soit constamment chill (ex-d\u00e9tenu dont la femme est brutalement d\u00e9c\u00e9d\u00e9e la veille de sa lib\u00e9ration en m\u00eame temps que son meilleur ami avec qui elle \u00e9tait en train de le tromper au moment de leur mort, tu m&rsquo;\u00e9tonnes que plus rien n&rsquo;arrive \u00e0 le faire r\u00e9agir, m\u00eame le fait de se retrouver en plein milieu d&rsquo;une guerre cosmique entre les d\u00e9it\u00e9s des temps anciens et des personnifications de concepts r\u00e9cents cherchant \u00e0 les d\u00e9tr\u00f4ner), dans la s\u00e9rie il exige des explications et s&rsquo;\u00e9tonne de choses qui le laissent de marbre dans le bouquin -ce qui fonctionne beaucoup mieux dans le contexte de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu et est en train de vivre, et le rend bien plus relatable et moins clich\u00e9. Pareil, Laura est le moteur de leurs, comment dire ? Activit\u00e9s de couple (si ton couple commet pas un hold up en amoureux de temps en temps est-ce que ta relation vaut encore le coup ? (je plaisante) (unless!)) ? Ce qui est aussi le cas dans la s\u00e9rie, mais la s\u00e9rie ressent le besoin de le justifier en la pr\u00e9sentant comme quelqu&rsquo;un d&rsquo;un peu d\u00e9cal\u00e9 qui tente de mani\u00e8re de plus en plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de ressentir quelque chose (ce dont ils se servent aussi pour justifier qu&rsquo;elle trompe Shadow) alors que dans le bouquin elle n&rsquo;est pas du tout comme \u00e7a -parce qu&rsquo;en fait, spoiler alert, c&rsquo;est possible pour une femme de faire des trucs immoraux pour le kiffe ou pour le fun ou par app\u00e2t du gain, \u00e7a n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre un signe d&rsquo;instabilit\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Bon, \u00e7a a tourn\u00e9 au r\u00e9quisitoire, mais tldr: ex-d\u00e9tenu veuf se fait embaucher comme garde du corps par un ancien dieu, feu son \u00e9pouse morte-vivante \u00e0 cause d&rsquo;un malentendu commet plusieurs crimes de guerre pour le prot\u00e9ger, more at five. Lisez-le, c&rsquo;est p\u00e9pite ! (Et en vrai la s\u00e9rie avait tent\u00e9 d&rsquo;ajouter un arc narratif \u00ab\u00a0zombie, leprechaun et djinn font un road-trip\/une side quest\u00a0\u00bb et \u00e7a pour le coup \u00e7a m&rsquo;enjaillait grave !)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Orgueil et pr\u00e9jug\u00e9s, de Jane Austen<\/h2>\n\n\n\n<p>Alors celle-l\u00e0 je parie que vous l&rsquo;aviez pas vu venir ! Pourtant c&rsquo;est le livre que j&rsquo;ai d\u00fb lire le plus \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte (ma m\u00e8re l&rsquo;a en VF, du coup les rares fois o\u00f9 je me retrouve chez elle sans rien \u00e0 lire je me le retape, et je l&rsquo;ai lu au moins deux fois en VO). Je vais vous avouer un petit secret : je fais genre je suis subversif, mais en r\u00e9alit\u00e9 j&rsquo;ai z\u00e9ro chill pour les histoires d&rsquo;amour h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9es. S\u00e9rieusement, je couine \u00e0 la moindre demande en mariage fictive, je pleurniche \u00e0 propos de \u00ab\u00a0mes b\u00e9bouuuuus\u00a0\u00bb si le sort les s\u00e9pare, et entre deux saisons je les imagine \u00e9levant quatre enfants, trois poules et deux chiens dans une grande maison \u00e0 la campagne. Voil\u00e0, vous connaissez mon terrible secret, maintenant. Si d&rsquo;aventure vous ne connaissiez pas ce classique de la litt\u00e9rature britannique, je vous encourage \u00e0 y jeter un coup d\u2019\u0153il. Vous y ferez la rencontre d&rsquo;une jeune femme au temp\u00e9rament d&rsquo;acier et au grand c\u0153ur, de jeunes hommes timides et parfois un peu born\u00e9s, d&rsquo;une famille chaotique mais aimante. Mais surtout, vous y d\u00e9couvrirez la plume d\u00e9licieuse d&rsquo;Austen, et son regard critique, parfois doux, toujours juste, sur la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle vivait et \u00e9voluait.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9rieusement, ne vous laissez pas intimider par le genre de la romance. J&rsquo;y ai lu des choses extraordinaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quatre s\u0153urs, de Malika Ferdjoukh<\/h2>\n\n\n\n<p>Ok, l\u00e0 je triche : d&rsquo;abord c&rsquo;est une s\u00e9rie (m&rsquo;enfin vous me direz je vous en ai d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 deux dans cette liste), ensuite c&rsquo;est du jeunesse (mais eh ! je suis auteur jeunesse apr\u00e8s tout !), et je n&rsquo;ai pas relu cette histoire que j&rsquo;adore depuis des ann\u00e9es. Seulement voil\u00e0 : je l&rsquo;adore. Enfant et adolescent, je n&rsquo;ai cess\u00e9 d&rsquo;y revenir. Et puis je trouve que c&rsquo;est une bonne mani\u00e8re de clore cette liste en acceptant la r\u00e9alit\u00e9 : il y avait bien une th\u00e9matique commune \u00e0 ces recommandations, m\u00eame si je ne l&rsquo;ai pas vue tout de suite. Car Quatre s\u0153urs, comme tous les autres titres que je vous ai propos\u00e9s jusqu&rsquo;ici, c&rsquo;est avant tout une histoire de communaut\u00e9. Cette communaut\u00e9, c&rsquo;est celle que forment Charlie, Genevi\u00e8ve, Hortense, Bettina et Enid, cinq orphelines qui vivent dans une grande maison d\u00e9glingu\u00e9e, la Vill&rsquo;Herv\u00e9, en haut d&rsquo;une falaise dominant l&rsquo;oc\u00e9an. Cette maison abrite tout un petit monde endeuill\u00e9 qui s&rsquo;efforce de vivre avec pas grand chose. Il y a une ambiance cosy et r\u00e9confortante dans ce roman qui parle pourtant de deuil, d&rsquo;adolescence, de perte, de changement et d&rsquo;acceptation. Je le lisais en souhaitant que ce soit ma maison, mon chez-moi.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sormais adulte, je le relirai comme un guide.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait les recommandations de lecture de Tonton Jolan pour la rentr\u00e9e 2023. Sur ce, je retourne \u00e0 mon manuscrit. Bonne reprise, bel automne, et joyeux Halloween en avance !<\/p>\n\n\n\n<p>Jo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On arrive sur Septembre (2023, ajoutai-je int\u00e9rieurement en \u00e9vitant de regarder la date de ma derni\u00e8re publication sur ce site) et \u00e7a me d\u00e9mange de &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":431,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_eb_attr":"","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[113,108,109,112,11,105,111,106,107],"class_list":["post-789","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-atelier","tag-ada-palmer","tag-fantasy","tag-jeunesse","tag-jo-walton","tag-lecture","tag-livres","tag-neil-gaiman","tag-recommandations","tag-science-fiction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/789"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=789"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/789\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":809,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/789\/revisions\/809"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/431"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cjbertrand.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}